Préparons les municipales !

Dans un passé très récent l’Adels s’est interrogée avec ses adhérents et ses réseaux amis sur les leçons à tirer des élections présidentielles. Cela à notamment produit le dossier « 21 questions pour comprendre et réagir », dans Territoires n°479.
Aujourd’hui, elle ouvre le débat sur les enjeux des prochaines élections municipales, à la fois dans le contexte de politique générale menée par le gouvernement mais, aussi et surtout, en termes de bilan de mandat : quelles sont les principales avancées dans les politiques  municipales ?, quels ont été les freins ?, quelles perspectives pour bien vivre ensemble à l’échelle d’une commune, d’une agglomération ?

L’Adels entend être présente dans les débats à venir, à la fois en se faisant l’écho des préoccupations des acteurs locaux : élus et candidats, associations et collectifs citoyens, professionnels, en organisant, dans cette tribune ou par des soirées dites interactives, le débat sur des initiatives locales de citoyenneté, sur des propositions pour mieux associer l’ensemble des acteurs d’une ville, d’un quartier, d’une agglomération à la construction du « mieux vivre ensemble ».

En relisant les préoccupations affichées par l’Adels dans la campagne des dernières municipales, on s’aperçoit que les propositions faites autour de l’idée  de transformation des rapports entre élus et citoyens restent d’actualité, même si certaines ont été largement mises en œuvre dans les municipalités. Que ce soient les budgets participatifs pour développer une citoyenneté active (Territoires n° 480), la mise en place d’agendas 21 locaux pour rendre concret la prise en compte du développement durable (Territoires n°481), la création de processus d’association des citoyens à l’action publique…, ces actions participent du renouvellement des rapports entre élus et citoyens et méritent d’être développées, après analyse des freins et des avancées.

Cependant, depuis 2001, il y a eu : Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles, le « non » au TCE, le renforcement de la décentralisation au profit des départements essentiellement, une aggravation de la crise sociale sur fonds d’émeutes de banlieue, la conscience du changement climatique et du réchauffement de la planète à nos portes, des discriminations importantes enfin nommées comme telles, une crise du logement sans précédent, des sans papiers, expulsés de plus en plus brutalement, etc.
Mais aussi : des mouvements sociaux actifs, des collectifs citoyens et des associations qui revendiquent d’être partie prenante de la chose publique, des initiatives à foison pour mieux consommer, être plus solidaire, être un citoyen responsable, des coopérations intercommunales renforcées, des actions de coopération Sud / Nord, des équipes municipales qui agissent pour plus de démocratie locale, plus d’équité sociale, etc.

Qu’est-ce qui a changé depuis 2001 ? quel bilan de l’action locale et quelles perspectives se donner ensemble pour un prochain mandat qui mette la délibération démocratique et l’appui aux initiatives au cœur du pouvoir local ?
Trois grands champs de préoccupation vont innerver les sujets que nous devons aborder: la gouvernance, la solidarité, et « le droit de faire » (l’innovation).

Si l’on prend la crise du logement et les diverses façons de la résoudre à l’échelle communale ou intercommunale, les décideurs sont confrontés à deus types de préoccupations : la mixité sociale et la réponse à l’urgence sociale. Il y a besoin de redéfinir l’intérêt général pour rendre possible des objectifs différents voire contradictoires : assurer une trajectoire sociale aux populations qui ont besoin du soutien de la puissance publique pour la réaliser, répondre aux besoins des plus démunis, éviter la transformation de quartiers en « ghettos ». L’enjeu est de croiser les outils à disposition  et le nécessaire débat démocratique qui va mettre  les intéressés autour de la table pour définir l’intérêt commun :entre intérêts particuliers et préoccupation d’un mieux vivre ensemble collectif . Des exemples significatifs de politiques locales du logement pourront être analysées, à la fois quant à la pertinence des outils et leur adéquation avec l’échelle de territoire : exemple des Plans locaux de l’habitat, quant au rôle des organismes professionnels comme les organismes HLM, quant aux modalités d’association des acteurs locaux comme les associations de locataires, les associations de lutte contre l’exclusion, les conseils de quartier… et enfin quant à la marge de manœuvre des élus locaux.

Les questions de sécurité vont aussi être un sujet de préoccupation de cette campagne des municipales. C’est un thème certes récurrent mais complexe à aborder. Il est traité sous l’angle de la répression, de la prévention, des deux. Là aussi, la création d’intelligence collective est nécessaire pour en comprendre les ressorts, à la fois dans le vécu, dans l’influence concrète de l’État régalien (justice, police), dans les possibilités qu’a une équipe municipale à intervenir.

L’Adels aura à cœur de réfléchir à la mise en œuvre d’une démocratie participative au quotidien. L’impact de la loi de 2002 sur le développement d’une démocratie de proximité, les outils mis en œuvre et leur cohérence, l’impact de l’implication citoyenne dans la décision publique, l’enjeu de la transformation sociale locale derrière ces pratiques participatives, la participation des sans voix, le rôle des initiatives citoyennes … sont autant de sujets d’échanges, de confrontation des pratiques et de propositions à nourrir qui devront un fil conducteur dans la campagne.

L’intercommunalité fait actuellement l’objet d’une étude approfondie au sein de l’Adels. Un certain nombre de problématiques sont soulevées comme la pertinence des territoires et leur emboîtement, la spécificité de l’Île-de-France, la répartition des compétences dans le mille-feuilles institutionnel, les financements et l’opacité pour le citoyen qu’engendre ces multiples sources de financement….. et question récurrente qui fait débat : faut-il élire les intercommunalités au suffrage universel ?

Enfin, le développement durable est plus que jamais un thème d’actualité, réchauffement climatique oblige. Mais quel bilan peut-on tirer du dernier mandat municipal sur cette question ? Au-delà de la définition en trois piliers, quelque peu technocratique, d’autres définitions plus « parlantes » en sont données :
−    renouveler la démocratie représentative en réinventant le débat public et la coproduction de l’aide à la décision ;
−    construire de nouvelles solidarités sociales et intergénérationnelles, mais aussi entre les territoires et reconnaître la diversité culturelle comme un bien commun de l’humanité
−    reconsidérer la richesse, diversifier les systèmes économiques pour répondre à l’évolution des modes de vie
−    adopter des modes de production et de consommation « responsables »
−    lutter contre l’effet de serre, protéger l’atmosphère
−    préserver la biodiversité, protéger les milieux et les ressources naturelles.
Ainsi, peut-on mesurer l’écart entre ces objectifs affirmés et la réalité des politiques à l’œuvre, quel que soit le territoire considéré.
Si l’outil agenda 21 local paraît s’être bien développé, des questions demeurent sur son impact sur les politiques sectorielles autres que celle de l’environnement. Par exemple, les croisements entre agenda 21 et contrat de ville –autre politique transversale- ont  bien du mal à se faire . Les plans climat se développent, quelle cohérence avec les autres schémas territoriaux ?  des « éco-quartiers » ou « quartiers durables » sont en projet dans de nombreuses villes, qui concernent-ils ? sont-ils réellement des instruments de transformation urbaine à l’échelle de la commune ou des projets vitrines, expérimentaux mais isolés des pratiques urbaines quotidiennes ? La gouvernance démocratique comme perspective d’une organisation différente des services, d’une implication des citoyens dans des espaces de délibération, d’appui aux initiatives locales doit être au cœur de la construction d’une politique de développement durable. Des échanges d’expériences, des propositions émergeront dans cette campagne. Le « grenelle de l’environnement » a au moins le mérite de créer du débat sur ces enjeux. Aux acteurs locaux de se saisir du sujet pour en décliner des mesures concrètes appropriables par tous.

D’autres sujets comme les économies alternatives, les services publics locaux, l’action culturelle comme vecteur d’un renouvellement de l’action culturelle seront débattus dans les colonnes de Territoires et dans nos lieux de débat avec des élus, des candidats, des réseaux associatifs ; gageons que l’ensemble de ces champs de préoccupations contribueront à renouveler et enrichir l’exercice d’un pouvoir municipal en association avec l’ensemble des forces vives de la Cité.

Céline Braillon,
Présidente de l’Adels

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3 réflexions sur “Préparons les municipales !

  1. Gouvernance, solidarité et droit de faire, super! Comme l’ensemble de ce texte proposition, clair et ouvert qui j’espère va provoquer pleins de réactions et amener du monde dans nos soirées interactives. Juste un petit mot pour ajouter une dimension qui ne me paraît jamais suffisamment mise en œuvre par les soldats de la participation que nous sommes. Il s’agit du faire-savoir. Est-ce que nos efforts sont vraiment au service du changement social et du renouveau démocratique s’ils restent clandestins et confidentiels. Posons la question à chacun, à chaque militant en train de préparer son programme, son argument, sa liste, de ce qu’il va mettre comme énergie à faire savoir. L’innovation ressemble à la folie si elle n’est pas contagieuse. Il n’y a pas de compromission à faire connaître ce qu’on engage et réalise dans son quartier, dans sa commune. Ce qui permet de passer de l’action collaboratrice, c’est à dire compromise dans un maintien de l’ordre établi par des aménagements à la marge qui le rendent supportable, au changement social, c’est la mise en réseau, par l’information et la communication, entre autres. (Edgar Morin ou presque)On passe l’essentiel de notre énergie à faire dans notre coin, consacrons un peu à faire-savoir, c’est le seul moyen de mettre le mouvement participatif en situation de devenir un projet politique.

  2. L’intecommunnalité est une question clef de ce futur scrutin. Oui,aujourd’hui, le vrai teritoirre de décision locale est l’intercommunalité. Outre le problème que vous évoquez, il y a aussi la coexistance de l’interco avec les pays de la loi Voynet qui dans certaines régions créent des doublons:il serait plus logique d’unir ces espaces projet et les éxecutifs. Dans le pays de lorient mon groupe politique vient d’addreser un appel aux partenaires de gauche pour que les listes aux municipales évoquent la question interco faute de scrutin directe. Et, les frontières communales sont dépassées pour les grands enjeux locaux, et pour être des élus honnêtes, il faudra savoir le dire.
    voici le texte qui nous sert de base de discussion:Municipales : Pour une approche globale du pays de Lorient
    A l’approche des élections municipales, la presse se fait l’écho de nombreuses manoeuvres d’appareils dans les communes. Avant d’aborder les discussions avec les éventuels partenaires, les militants de l’UDB du pays de Lorient souhaitent partir d’une analyse de fond et travailler à une approche globale du Pays de Lorient. Il convient de rappeler qu’aujourd’hui c’est au niveau de l’agglomération et du pays de Lorient que se prennent les décisions majeures pour notre développement. Suite à la loi dite « Chevènement » de 2001, Cap l’Orient, notre communauté d’agglomération s’est dotée de nouvelles missions telles que le développement économique, l’aménagement du territoire, le transport, l’environnement (…)
    Aujourd’hui, une ville seule ne compte pas ! L’accélération de la mobilité associée à la spécialisation des zones a bouleversé nos rapports au territoire. Une ville n’existe qu’en complémentarité avec ses voisines. Les identités sont multiples, mais il est toutefois nécessaire pour un même bassin de vie de s’accorder sur le projet à l’échelle d’un territoire!

    L’Union Démocratique Bretonne (UDB) pense que le temps est venu de mettre en cohérence les politiques de chaque commune membre. Elle propose depuis longtemps déjà que les communautés d’agglomération (ou les « pays ») deviennent l’échelon de référence même si la commune doit rester l’échelon de proximité. L’UDB appelle également de ses vœux l’élection des délégués à la communauté (assemblée de pays) au suffrage universel direct pour accroître sa légitimité et changer de ce fait son fonctionnement. L’UDB milite depuis des années pour la suppression de l’échelon départemental et le transfert de ces compétences en partie au « pays » et en partie à la région. Malheureusement, ces décisions ne sont pas du ressort des élus locaux !

    En attendant, l’UDB propose de contourner ce déficit de démocratie en travaillant, avec tous les acteurs qui se reconnaissent dans ce constat, sur un projet ambitieux et cohérent à l’échelle de la communauté d’agglomération, voire du Pays de Lorient. Soucieuse de préserver nos différences, et confiante dans les forces de son territoire, l’UDB privilégie le développement endogène et durable, pour promouvoir l’emploi sur le long terme. Dans quelques mois auront lieux les municipales et il est primordial de prendre réellement à bras le corps les difficultés propres à notre territoire sans attendre d’hypothétiques décisions émanant de Paris : le chômage en premier lieu, mais aussi l’exclusion progressive des jeunes de la zone littorale, la concentration de l’activité économique à Lorient ou dans des zones d’activités au développement anarchique, l’accroissement incessant du flux routier sur l’A81, la lutte contre la pauvreté…

    Quels que soient les sujets, il s’agit de trouver un équilibre, une cohérence entre le local et le global. Cette cohérence ne pourra être perçue que dans la mesure où le traitement entre les communes de l’agglomération est équitable. D’où l’intérêt de tous à participer. La démocratie locale doit être renforcée, mais nos concitoyens n’ont pas suffisamment l’occasion de donner leur vision du développement. Une nouvelle dynamique, au niveau du pays doit être menée. Cette dynamique suppose aussi des changements de pratiques.

    L’UDB participera aux listes de gauche intéressées par les bases de cette philosophie et ce, dans chaque commune de l’agglomération, voire du pays de Lorient. Les listes de gauches candidates devront à nos yeux, outre leur projet municipal*, présenter aux citoyens une vision partagée du futur du pays de Lorient. Par cet appel, l’UDB entend initier la refondation d’une gauche pragmatique et efficace dans le Pays de Lorient.

    Yann SYZ , maire adjoint de Lorient, responsable des affaires extérieures de la fédé 56 de L’UDB

    * qui doit évidement intégrer les dimensions bretonnes et écologistes des valeurs de gauche.

  3. Bonjour, je viens de découvrir votre initiative, par un message laissé sur le site de l’agenda 21 de l’île de Groix.

    Vous parlez de démocratie locale, alors je porte à votre connaissance notre initiative sur l’île de Groix: http://groix.zeblog.com/

    Il vaut mieux commencer par lire notre 1er communiqué, qui a été distribué à l’ensemble des Groisillons.

    Bonne continuation,

    keru

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