Comment la participation citoyenne s’est laissée endormir, pourquoi elle doit reprendre le combat

La notion de démocratie participative qui agite les débats les plus actuels ne date pas d’hier. Les racines de ce mouvement sont multiples : chrétiens sociaux, libertaires, autogestionnaires, adeptes d’une nouvelle gestion publique locale ; les idéaux politiques que portent ces différents « fondateurs » de l’idéal participatif local sont évidemment très différents les uns des autres, et entrent souvent en conflit. Aujourd’hui il convient de comprendre ces origines et ces cheminements pour se donner une chance de faire un bilan objectif de la démocratie locale et du « localisme »… et se positionner en connaissance de cause, pour trouver enfin des pistes qui relancent ce mouvement aujourd’hui à la recherche d’un second souffle. Le présent ouvrage synthétise plus de deux ans de travaux, d’entretiens, de fouilles sur l’histoire et le sens de ce mouvement politique souvent mal connu. S’appuyant sur les nombreuses ressources mobilisées lors de la commémoration des 50 ans de l’Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale, think tank français sur les questions de démocratie locale et participative, l’auteur donne un sens totalement actuel à un courant politique qui peine à faire comprendre son ambition et relie ainsi, enfin, l’action locale et les problématiques globales.

50 ans de démocratie locale. Comment la participation citoyenne s’est laissée endormir, pourquoi elle doit reprendre le combat / Adrien Roux, Adels/Yves Michel, 123 p, avril 2011.

Préface de Dominique Mansanti et Olivier Ihl

Introduction – Peut-on faire de la politique localement ?

Chapitre 1 – « Libérer la province colonisée »…

Affronter la pensée politique jacobine

Les racines sociales-chrétiennes de la revendication d’autonomie locale

Projet politique ou technicien : l’autonomie locale entre subsidiarité et autogestion

La décentralisation et la naissance du pouvoir local

Les limites contemporaines de l’autonomie locale

Quelle autonomie pour le pouvoir local aujourd’hui ?

Chapitre 2 – L’appropriation par les citoyens de l’institution municipale

Éduquer à la démocratie

Les groupes d’action municipale et la modernisation du pouvoir local

Démocratie locale et technocratie participative

« La démocratie locale réelle n’a qu’un seul nom : l’autogestion ! »

Les élections municipales de 1977, apogée et déclin de la rhétorique autogestionnaire

Les années 80, ou la décennie perdue de la démocratie locale

Le « renouveau », limité, de la thématique participative àpartirdesannées90

Chapitre 3 – Le local, foyer de citoyenneté active

La citoyenneté comme action concrète au sein de la communauté locale

Développer une conscience politique pour résoudre les problèmes quotidiens

Le citoyen contestataire, ou la démocratie comme conflit négocié

De l’habitant des luttes urbaines au citoyen des conseils de quartier

Un colibri ne fait pas le printemps démocratique

Chapitre 4 – Débats et controverses sur l’option localiste du changement social

Socialisme utopique, anarchisme,… les racines de l’option localiste

Les reformulations de l’option localiste depuis 1960

Rôle du conseil de développement

Conclusion – Soyons efficaces : émancipons-nous !

Introduction : Peut-on faire de la politique localement ?

Mondialisation d’un côté, relocalisation de l’autre, entre les deux : l’Europe, la région et toujours l’inusable nation… la multiplication des échelles d’action possibles, voilà ce qui caractériserait aujourd’hui notre monde . Mais des échelles d’action possibles pour qui ? Qui peut réellement « agir » à l’échelle européenne ou mondiale ? Quelles actions, autres que le vote, sont accessibles pour la majorité des citoyens à l’échelle nationale, et même régionale ?

Reste alors le local . Cette notion aux contours imprécis pourrait être définie comme l’échelle à laquelle l’immense majorité des gens vit et agit . Le local, c’est le lieu où se joue le monde sous un mode concret . C’est l’espace du quotidien et du cadre de vie . Mais quelle politique peut-on y mener ? La question apparaît à la fois naïve et un peu déroutante . La politique, c’est ce qui touche aux conflits entre les différents intérêts et opinions qui traversent une société, et au pouvoir de gérer et d’arbitrer ces conflits pour construire un monde commun . Quels conflits se jouent au niveau local ? Quelle part du pouvoir d’arbitrage y est localisée ? Que peut-on faire localement qui ait un impact sur nos vies et sur la société dans son ensemble ?

À défaut de répondre par une longue dissertation de sociologie politique, ce livre va raconter les péripéties, les idées, les difficultés et les victoires de ceux qui se sont battu – et se battent encore – pour défendre la possibilité de faire de la politique localement, et pour faire en sorte que cette possibilité soit offerte à tous de manière égale .

La mise en question devient mise en perspective . D’un côté, le récit de plusieurs décennies de combat contre le monopole parisien pour l’existence d’un pouvoir local . De l’autre, l’histoire des multiples engagements pour la participation de tous au pouvoir local . L’arrivée dans les années 60 de nouvelles équipes, à Grenoble ou à Louviers, sous l’étendard des Groupes d’action municipale (Gam) ou sous la bannière de l’autogestion ; l’investissement de la question du pouvoir local par les partis de gauche entre la fin des années 60 et les années 70 ; l’histoire des luttes urbaines autour des rénovations dans la région parisienne ou dans le quartier de l’Alma Gare, à Roubaix ; les grandes lois de décentralisation de 1982 et leur mise en œuvre ; les tentatives dans les années 90 et 2000 de renouveler la démocratie par la mise en place d’instances participatives locales… Autant de moments de l’histoire des cinquante dernières années qui éclairent sous différents feux les possibilités d’action locale pour le progrès démocratique et social .

Nous allons donc parler d’idées politiques, mais aussi des hommes et des femmes qui se regroupent autour de ces idées, et qui s’engagent pour tenter de les imposer dans un cadre politique élitiste et conservateur . Parmi ces différents groupements, collectifs, partis, associations, l’un d’eux joue un rôle particulier . Lieu de carrefour, de rencontres, de circulation des idées entre militants associatifs, élus politiques, fonctionnaires, l’association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale (Adels) – et les militants associatifs et politiques qui gravitent autour – se trouve, depuis 1959, au croisement des multiples dynamiques successives qui traversent le champ de la politique locale .

Elle constitue ainsi une porte d’entrée particulièrement fertile pour approcher, dans une dynamique historique, toutes les questions que ce livre entend traiter . Ce sont les témoignages de ses membres ou des élus amis, les articles de sa revue, ou ses archives qui ont constitué la matière première centrale de ce livre . S’y sont greffés de nombreuses lectures, thèses sociologiques ou historiques, ouvrages de science politique ou biographies pour nourrir la description des différentes tentatives de démocratisation locale . Mais c’est bien l’histoire de l’Adels et de ses militants qui constitue le prisme choisi pour raconter les différents épisodes de cette longue histoire . Mairies novatrices, mouvements urbains, lois importantes, on retrouve partout ses militants qui accompagnent et tentent d’influencer les différentes tentatives de transformer la politique locale.

À partir des années 50, s’est en effet constitué une mouvance dont l’Adels sera, sinon le plus imposant, un des plus constants hérauts . Rassemblant, selon les périodes, différents partis politiques, associations, clubs ou individualités, elle constitue moins un regroupement cohérent qu’une somme disparate d’acteurs ayant en commun cette conception particulière de la politique qui met l’accent sur l’espace local . On y retrouve un ensemble d’idées qui se déclinent en quatre points selon l’objet mis au centre de la focale.

1 . Quand on met l’accent sur les rapports entre l’espace local et le cadre national, la question majeure est celle de l’autonomie locale par rapport au pouvoir central . On parle alors de « décoloniser la province », on rêve de « communes émancipées », ou plus sobrement, de décentralisation.

2 . Quand la réflexion se concentre sur l’organisation du pouvoir dans la cité, l’espace local est d’abord appréhendé comme la « cellule de base de la démocratie » . Au centre de la réflexion : le fonctionnement du pouvoir local et les conditions de sa démocratisation . On remet alors en question le monopole de la démocratie représentative pour développer des idées ou pratiques de démocratie directe, d’autogestion ou de participation.

3 . Quand le cœur de la réflexion est le citoyen lui-même, le local est d’abord le lieu de l’éducation civique, de la conscientisation et de l’action collective . Espace vécu, il est le terrain d’action à partir duquel se construit la citoyenneté, conçue elle-même comme vecteur d’émancipation et de promotion collective.

4 . Enfin, quand c’est par l’angle du changement social qu’est abordée la politique locale, on y verra d’abord un lieu d’innovation et de mouvement pour la transformation des rapports sociaux . Les problèmes de société sont analysés comme problèmes du quotidien, l’espace local devient le lieu à partir duquel construire d’autres modes d’organisation sociale, en vue de réaliser les droits de chacun et de satisfaire aux exigences de justice sociale.

Les quatre chapitres de ce livre nous feront chausser successivement chacune de ces lunettes, pour observer les enjeux qui se posent lorsque l’on souhaite « faire de la politique localement » . Chacun donnera l’occasion d’un recul historique, du récit des différents combats politiques qui permettront de donner les pistes pour agir aujourd’hui et demain pour la démocratie locale.

En filigrane, nous avons l’ambition de centrer notre propos autour de cette question fondamentale : qu’est-ce qui peut réellement être changé au niveau local ? Autrement dit, à quoi sert la politique locale pour la personne sans domicile, le jeune chômeur, l’écologiste, l’entrepreneur, le locataire, le retraité ? L’analyse de cinquante ans d’engagement pour transformer la politique locale nous servira de guide et de matière pour clarifier les ambiguïtés, cerner les erreurs courantes et dégager le cadre d’action pour celui, citoyen, militant associatif ou partisan, engagé dans la politique, qui souhaite aujourd’hui encore transformer la société à partir de l’espace local .

Venez l’acheter sur la boutique.

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